Numéro 21 / janvier 2017

La création géante de Saint Adolf

Nous allons aborder la dialectique qui peut s’instaurer entre l’écrit et la parole et ce qu’elle permet au sujet de structurer. Pour illustrer cette problématique nous prendrons l’exemple historique et emblématique de Wölfli.

La division du sujet est causée par l’objet toujours déjà perdu (Freud). Cet objet est connoté par Lacan de la lettre petit a, condition de la structure métaphorique, soit la fonction de la perte dans le bouclage de la signification. L’objet petit a relance le déploiement de la chaîne signifiante.  Par contre pour certains sujets la perte de l’objet n’ayant pas lieu, à sa place se manifeste une jouissance délocalisée.

Ce retour de jouissance délocalisée relève de ce qui dans le champ de la psychiatrie classique a été repéré comme phénomènes dits élémentaires : les diverses manifestations de l’hallucination et de la certitude délirante.

Comment le sujet peut-il se défendre contre ces phénomènes qui l’envahissent ou qui le laissent comme retiré du monde ? Comment peut-il contrer ce réel ?

Il peut, comme nous le verrons, s’appuyer sur le réel de l’imaginaire tel Robert, cet enfant présenté par R. et R. Lefort1 qui en offre un exemple caractéristique. Immergé dans le réel pour lui rien ne manque.

Certains sujets comme Robert sont donc confrontés à cette nécessité d’obtenir du manque. Robert tente de l’obtenir dans le réel en essayant de se couper le pénis avec des ciseaux (heureusement en plastique !).

Rosine Lefort signale que dès les premières séances, Robert confronté à l’objet dans les conditions du transfert va requérir un trou dans le réel, soit celui des WC dont il n’ignore pas, qu’un objet détaché du corps y disparaît. C’est alors qu’en le montrant du doigt il profère un signifiant que nous pouvons considérer comme l’expression de son angoisse : « loup ».

Tout cela fait apparaître le thème de cette relation spéciale de l’objet et du trou qui préfigure un abord topologique du problème qui se pose quant à la subjectivation chez l’autiste.

Cette nécessité du manque qui conduit Robert à l’abord du trou est à mettre en série avec la fonction structurante d’un découpage que l’on trouve chez Laurie, une enfant autiste de sept ans décrite par Bettelheim dont l’observation nous montre ce qu’est une topologie en acte.

Robert et Laurie illustrent cet essai de symbolisation que J-A. Miller appelle une réelisation du symbolique. C’est une symbolisation qui en passe par la consistance comme telle imaginaire d’un bord, un réel de l’imaginaire comme l’est la consistance de la corde d’un nœud borroméen.

Laurie2 déchire puis découpe des bandes de papier les yeux fermés en regardant au plafond. Dans cette activité de découpage, elle se concentre sur le toucher, la consistance. Elle fait agir l’objet regard sans la vue, les yeux fermés tournés vers le plafond elle découpe une feuille en suivant le bord. Elle s’appuie sur la consistance de ce bord et elle découpe.

Nous faisons l’hypothèse qu’Adolf Wölfli (paraphrène), qui a construit une œuvre d’art totale, extrêmement complexe en passe par cette même structure de construction d’un bord.

 


1 Lefort R. et R., Les trois premières séances du traitement de l’enfant aux loups, Ornicar ?, n°28, janvier-mars, p. 59-68.

2 Cf. Bettelheim B. , La forteresse vide, Paris, Gallimard, 1969, p. 125-199.

Vous n'êtes pas encore abonné au Numéro 21 de janvier 2017
et vous ne pouvez consulter qu'une présentation de cet article.

Pour lire cet article dans son intégralité, vous devez utiliser des crédits. Vous aurez alors accès à l'ensemble des articles de ce numéro.

Me connecter