Numéro 21 / janvier 2017

L'expiration

Le savoir d’un poète

Cocteau n’est pas écrivain, Cocteau n’est pas cinématographe, ni essayiste, ni dessinateur, il est poète. Ce qui nous interroge lorsque nous rencontrons ses différents travaux, c’est la difficulté de dire toute l’œuvre. Celle-ci arbore une apparence disparate et sera, de ce fait, souvent l’objet de moqueries1. Jean Cocteau fera quelques dessins, quelques films, quelques romans, quelques essais, sans jamais s’inscrire durablement dans un mouvement artistique précis.

Pour la psychanalyse, une œuvre d’art ne se déchiffre pas, pas plus qu’un rêve, si tant est qu’un sujet s’autorise à en parler, c’est-à-dire en passe par l’expérience de la parole. L’écrit, contrairement à la parole, n’appelle pas une réponse2. Lacan soulignait dans son article, La jeunesse de Gide ou la lettre du désir, que « La psychanalyse ne s’applique, au sens propre, que comme traitement, et donc à un sujet qui parle et qui [entend]. »3 Faire l’expérience d’une psychanalyse nécessite une présence, celle du psychanalyste. Comment dès lors, aborder une œuvre d’art ? Freud écrivait en 1907 : « Les écrivains sont de précieux alliés et il faut placer bien haut leur témoignage car ils connaissent d’ordinaire une foule de choses entre le ciel et la terre dont notre sagesse d’école n’a pas la moindre idée. Ils nous devancent de beaucoup […]. Parce qu’ils puisent là à des sources que nous n’avons pas encore explorées pour la science »4.

Le but de cet article n’est pas de déchiffrer l’œuvre de Cocteau – et lui donner alors valeur de sens – mais, bien plutôt, de s’enseigner de ce que Cocteau nous indique quant à la création de son œuvre.

 


1Tristan Tzara pouvait dire « Un cocktail des Cocteau », Jemma-Jejcic M., Jean Cocteau ou l’Énigme du désir, éd. Erès, 2006, p. 24.

2Lacan J., « Champ de la parole et du langage », in Écrits, éd. Du Seuil, 1966, p. 247.

3Lacan J., « La jeunesse de Gide », in Écrits, op. cit., p. 747.

4Freud S., Le délire et les rêve dans la Gradiva de W. Jensen, éd. Gallimard, 2000, p. 141.

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