Numéro 13 / octobre 2013

Les crimes dits « immotivés » et la logique du passage à l’acte

La question des crimes dits « immotivés »défraie régulièrement les chroniques judiciaires.

 
L'idée de ce numéro part du cas De Gelder, ce jeune qui a été condamné récemment par la justice belge pour avoir tué au couteau une dame âgée puis, peu de temps après, tué ou blessé bébés et personnel d'une crèche. Il a été jugé responsable par les jurés qui ont suivi les conclusions des expertises psychiatriques le déclarant « manipulateur ». Deux de nos collègues, également experts au procès avaient pourtant soutenu le diagnostic de schizophrénie.

On notera avec intérêt qu'interrogé avec insistance sur ses motifs, il en donnera plusieurs et en promettra toujours un de plus. Rien que ceci permet de comprendre qu'il n'avait pas vraiment un motif conscient qui donnerait le sens de ses actes. La société préfère le sens à l'insensé et l'opinion souhaitait sa condamnation. Par contre, il avait une raison logique : des voix lui avaient dit « tue un étranger » et il s'était formulé « quand je serai seul je devrai le faire ». Et c'est ainsi qu'après avoir quitté sa famille il a commis ses crimes. Insensé mais pas sans logique.

Il n'y a donc pas de motif au sens d'un agencement raisonnable organisé par un Moi conscient de ce qu'il produit, mais il y a cependant une logique qui s'impose au Sujet de façon irrépressible.

La responsabilité du sujet n'y est pas absente, mais elle ne peut s'examiner que dans ce cadre. Un long débat a été consacré à cette question au cours de deux séminaires cliniques au Courtil qui sont retranscrits dans ce numéro.

Lacan a étudié ainsi le crime des sœurs Papin porté au théâtre par Jean Genet. Ce numéro de Courtil en ligneS revient sur cette étude de Lacan.

Mais cette question va pour nous plus loin au sens où elle concerne notre clinique en institution. Il n'est pas rare que des passages à l'acte commis par les jeunes dont nous nous préoccupons restent incompréhensibles, y compris à celui-là même qui les a commis. Ce n'est qu'en cherchant la logique à l'œuvre qui s'est imposée au sujet qu'on peut en débrouiller le fil et lui permettre parfois de construire une solution symptômatique pour éviter d'avoir encore à passer à l'acte. Plusieurs cas présentés dans le présent numéro en témoignent.