Numéro 13 / octobre 2013

Joachim Lafosse : « Mettre en scène sans passer à l’acte »

CeL : On pourrait dire que c’est une démarche éthique...

JL : « Ethique » – je n’aime pas du tout ce mot. Pour moi il y a un cadre, ça c’est le lien qu’il y a entre la psychanalyse et le cinéma : le cadre du cinéma, c’est le cadre de l’image, et forcément aussi le hors champ qui va avec, et chez l’analyste, ça ne fonctionne que si le cadre est respecté. Si l’analyste ne joue plus dans ce cadre là, on sort du cadre, c’est fichu… Et régulièrement avec les acteurs, avec l’équipe, c’est le même principe. Le fait qu’il y ait tout le temps un tiers, mais qui n’est pas là, est très important : pour moi c’est le spectateur, pour l’analyste peut-être que c’est l’analyste qui a fait l’analyse de l’analyste...

CeL : On pourrait dire que ce tiers dans l’analyse, c’est l’inconscient. Justement, vous avez choisi de mettre en scène, de représenter quelque chose qui est du côté de l’irreprésentable, de l’innommable…

JL : Oui, on a beaucoup dit cela sur mon film et j’ai beaucoup dit que j’avais fait ce film pour rendre pensable ce qu’on dit être impensable, mais avec un peu de recul, je me dis que c’est beaucoup plus. Pour moi le cœur du film, c’est l’emprise, plus que le passage à l’acte ou l’infanticide. L’infanticide est une espèce de symptôme, une conséquence de l’emprise, et je suis souvent déçu quand on me parle de l’infanticide, car j’ai l’impression que ce n’est pas cela que j’ai travaillé.

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