Numéro 14 / février 2014

Formations humaines

« Il y a une mutilation structurale de la jouissance. » nous dit Jacques-Alain Miller1. « La prise de la culture sur la nature se traduit nécessairement dans le corps […]. L’entrée dans la culture exige une négativation de la chair vivante […]. Pour qu’il y ait corps humain, corps symbolisé, il faut que la chair soit séparée du corps. Il faut un sacrifice libidinal qui passe par un prélèvement accompli sur le corps. Moyennant quoi ce corps méritera de conserver son identité même dans la mort et d’être préservé, sauvé, dans la sépulture avec son nom propre. » C’est la fonction de la castration. L’objet perdu, prélèvement corporel sur le mode symbolique, permet une régulation de la jouissance par une déperdition, une soustraction. Dans la psychose, faute de s’accomplir sur le mode symbolique, cette soustraction tend à s’effectuer sur le mode réel. « Le sujet schizophrène peut se trouver conduit à faire entrer à toute force le moins, la soustraction structurale, dans son corps sous la forme de blessures, de mutilations répétitives. »

Quelques unes de mes rencontres avec des résidents adultes, adolescents ou enfants accueillis au Courtil, me reviennent, en un éclair, se déclinant, réduites, autour de cette question : comment chacun de ces sujets cherche à opérer, de façon singulière, cette soustraction, cette production d’un objet coupé du corps, d’un organe2 qui ex-siste au corps, qui fait fonction d’objet « condensateur pour la jouissance, écrit Jacques Lacan, en tant que par la régulation du plaisir, elle est au corps dérobée. »3 Comment opérer sur ce refrain de la jouissance qui fait effraction dans le corps, y mettre un frein, la « réfréner » ? C’est là, selon Jacques Lacan, l’« essence » de toute invention, construction, élaboration, « formation humaine » 4.

 

 


1 Jacques-Alain MILLER, « Propos sur la mutilation », Bulletin ACF CAPS, n°4, juin 1999.

2 Jacques LACAN, « L’étourdit », Autres écrits, Seuil, 2001, p. 474.

3 LACAN J., « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 369.

4 Ibid., p. 364.

 

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