Numéro 15 / juin 2014

Rire et ne pas rire

Charlie, âgé de dix-huit ans, est scolarisé à temps plein, et passe le peu de temps où il se trouve dans son groupe de vie dans une discrétion remarquable – branché sur son téléphone portable, il aime jouer au « solitaire » ou écouter de la musique dans son coin ou assis par terre. Une discrétion dont il ne sort que pour faire des « blagues ». « J’aime faire rire », dit-il, et se pose la question de la fonction de ce rire puisqu’il ne semble pas beaucoup rire lui-même – « rire » est du reste différent de « faire rire »: s’agit-il ici d’humour ou d’ironie ?

Entre les interstices de ses « blagues », le silence résonne de tout son poids. De son histoire, de sa vie familiale, de l’école, des autres, Charlie ne dit que : « Tout va bien ». Du fait de la profession de son père, Charlie explique qu’il doit être silencieux le week-end afin de ne pas le réveiller. Il résume son parcours en faisant la liste des différentes institutions fréquentées avant son arrivée au Courtil alors qu’il a seize ans suite à la fermeture de l’ITEP où il était jusqu’alors accueilli.

C’est une blessure accidentelle portant atteinte à son corps qui va faire jaillir une parole du fond de ce silence. En effet, après s’être cassé l’orteil lors d’une partie de football, il reste absent une semaine durant. Le rencontrant à son retour, je lui fais part de mon étonnement et lui indique que nous avons essayé de prendre de ses nouvelles à plusieurs reprises en vain. Charlie rétorque : « Je ne comprends pas. Ma mère n’arrive pas à joindre le Courtil, vous n’arrivez pas à joindre ma mère et moi, j’en ai marre de tout prendre sur mon dos parce que je fais rien pour arranger les choses ».

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