Numéro 7 / octobre 2012

Séquence 1 - Les rencontres avec les parents

Alexandre Stevens - Présentation de la journée  « A propos des parents »

Aujourd'hui, une journée de rentrée qui est consacrée aux parents, au travail avec les parents. J'en ai écrit l'argument en prenant le terme « parent » dans trois significations. D'abord les rencontres au sens large avec les parents, aussi bien les entretiens que les moments dans le couloir quand ils viennent chercher l'enfant. La deuxième séquence portera sur la manière dont les enfants parlent de leurs parents. Quand nous parlons de nous en analyse, nous avons une pente à considérer que nos parents sont responsables de quelque chose au départ... tout simplement car ils sont le nom des premiers autres rencontrés. Les parents viennent là à une certaine place. Le troisième axe de la question « parent », c'est qu’un certain nombre des enfants dont nous avons la charge deviennent parents, voire sont devenus parents, voire parlent de leur désir de devenir parents. C’est vrai au centre adulte mais c’est vrai aussi parfois beaucoup plus jeune. Et puis, nous avons des jeunes qui sont sortis et qui vont devenir parents. Ce sera l’objet de la troisième séquence que l’on découvrira cet après-midi.

L'introduction de cette journée est faite par les débats que nous avons eus au cours de l'année, surtout dans la coordination du Courtil, autour de cette problématique des parents.

Je souhaite tout de même rajouter deux choses. Nous avons l'idée d'organiser bientôt une réunion des parents du Courtil. La chose n’est pas encore formalisée complètement car il faut attendre de voir clairement ce que nous pouvons leur proposer. La deuxième chose que je voulais vous annoncer, vous êtes déjà au courant si vous êtes attentifs au Courtil Info, c’est la création, par Mme Mireille Battut, d'une association de parents d'enfants autistes et d’amis d’autistes. Cette dame se trouve être elle-même mère d'une enfant autiste et elle s'inscrit par ailleurs dans le champ psychanalytique. C’est utile pour faire contrepoids à ce qui existe contre nous. Mais c’est surtout utile pour les parents des jeunes de chez nous qui voudraient faire le choix de s’y inscrire.

Je ne vais pas vous relire l’argument que je vous ai écrit mais je veux insister sur ce point : nous considérons, du point de vue de la psychanalyse, que les parents ne sont pas responsables de ce qui est arrivé à leur enfant, du point de vue de ce qui lui est tombé dessus, disons l'autisme, ou plus exactement un réel. L'autisme, c'est un mode de réponse à ce réel rencontré par l'enfant. Mais ça tombe en même temps sur les parents. À cette rencontre-là, les parents ensuite répondent d’une façon ou d’une autre. Ils ne sont pas responsables de ce qui s’est passé au départ mais ensuite, comme tout parent, ils sont responsables de l’« éducation » qu’ils donnent à leur enfant. Les parents d’enfant autiste sont aussi responsables de la manière dont ils vont réagir, plus ou moins bien comme chacun de nous avec nos enfants. Je dis cela pour resituer cette question de la responsabilité parce que ça me paraît être à la pointe de l'actualité de ce qui nous est parfois reproché à tort.

Je passe la parole à Sophie Simon qui a accepté d’organiser et de présider le débat de cette première séquence.

 

 

Sophie Simon - Introduction à la séquence « Les rencontres avec les parents »

Ce qui amène dans notre institution les sujets avec lesquels nous travaillons est le mode d’être au monde symptomatique qu’ils ont choisi face au réel du langage qu’ils ont rencontré, pour paraphraser l’argument de cette journée. Y rappeler, comme Alexandre Stevens le fait, que les symptômes sont avant tout un choix du sujet donne déjà le premier jalon fondateur du travail à mener auprès des parents, en allant totalement à rebours d’une pseudo-psychologie qui les instituerait coupables des difficultés de leur enfant. Mais ils portent « la responsabilité de la manière dont ils vont y réagir ». Et c’est certainement là que nous avons, comme cliniciens, à jouer notre partie.

Entendre la langue familiale

« […] la famille prévaut dans la première éducation, la répression des instincts, l’acquisition de la langue justement nommée maternelle. »1, écrit Jacques Lacan. Il paraît dès lors essentiel, via la rencontre des parents, de pouvoir entendre, dans la langue familiale, en VO en quelque sorte, l’histoire des difficultés et de la souffrance du sujet qui est leur enfant. La bureaucratie aseptisée d’un questionnaire de comportements problématiques et non normaux, que les parents auraient à cocher, ne nous permettrait pas d’écouter comment le symptôme se dit et se parle en famille, dans quel bain de langage il est pris.

Desserrer la culpabilité

La compréhension bas de gamme de la psychanalyse du côté d’une culpabilisation des parents quant aux difficultés de leur enfant apparaît bien démesurément erronée lorsque la pratique d’entretiens avec différents parents met régulièrement en valeur une prégnante culpabilité de toutes façons déjà-là et que le travail consiste alors surtout à les en décaler un tant soit peu. Telle fût le cas avec cette mère nous avouant, les larmes aux yeux, au détour d’un entretien, se demander ce qu’elle a « mal fait » pour que son fils soit « différent ». Pour cette mère les radicales exigences éducatives et hygiénistes à notre égard comme au sien propre semblent tout à fait être au diapason de sa culpabilité et tenir lieu de garantie de la dignité de son rôle de mère. Il y a là tout un travail à mener avec elle pour desserrer la culpabilité (et son revers de férocité) accolée pour elle à la maternité.

 

 


1Lacan Jacques, « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu », [1938], Autres écrits, Paris, Seuil, 2001.

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