Numéro 3 / avril 2012

Pierre Loti, « Écrire le corps »

A la croisée du naturalisme du dix-neuvième siècle et de l’orientalisme, l’œuvre de Pierre Loti (1850-1925), admirée par Henry James, fait résonner au-delà des particularités de son époque les extravagances d’un auteur, officier de marine de son état, dont le dépouillement huguenot offre paradoxalement à l’imagination des lecteurs, des curieux et des amoureux de sa maison de Rochefort, de quoi nourrir leur goût du merveilleux.

Dans sa passionnante biographie, Alain Buisine tisse la trame de la vie de l’écrivain et de son œuvre autour de la mort prématurée de son frère aîné, lors de son retour d’Indochine, où, médecin dans la marine, il était parti soigner une épidémie de choléra. Pierre Loti, Julien Viaud de son vrai nom, avait alors quinze ans et il perdait celui auquel il s’en remettait pour le conseiller sur l’orientation de son existence. Sa mère ne quitta plus le deuil de ce jour. Le corps de Gustave fut jeté en mer, et Alain Busine attribue à l’absence de sépulture, ainsi qu’au deuil impossible qui en découla, la position subjective de Loti, dont il note qu’il passa son temps à « s’encrypter dans son œuvre élaborée comme un tombeau, à s’y enterrer comme dans une sépulture. Être moi-même le mort que je contemple ; que je regarde "vivre", de mon existence d’outre-tombe, me voir mort. »1 Alain Buisine décrit alors le travail de l’écrivain, puisant ses matériaux dans sa vie, confinant toujours à l’autobiographie, comme celui d’un « attentif et morbide nécrologue de sa propre biographie, toujours nostalgiquement vécue au passé sur le mode de la perte. »2

Toutefois, la mortification du sujet, qui semble caractériser la position subjective de l’écrivain, n’était-elle pas plus fondamentale et antérieure à l’événement de la mort du frère, comme les écrits de Loti relatifs à son enfance semblent l’indiquer ?

 

 


1Buisine Alain, Pierre Loti, l’écrivain et son double, Paris, Taillandier, 1998, p. 12.

2Ibid.

 

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