Numéro 3 / avril 2012

Alain Merlet : L’envers et l’au-delà de l’histoire

Le 11 février dernier au Collège Clinique de Lille, Alain Merlet nous faisait l’honneur de venir nous parler de Fritz Zorn et d’un cas de sa pratique de psychanalyste, sous le titre « L’envers et l’au-delà de l’histoire ». Une perle d’intervention dont il faut épingler l’essentiel.

Dans Mars, Fritz Zorn écrit son ultime lutte contre l’incurable cancer. Alain Merlet a d’emblée attiré notre attention sur ceci que bien au-delà du pathétique, il s’agit pour l’auteur de structure psychotique de transmettre un savoir, tout en historisant sa vie depuis son enfance. Fritz Zorn se vit comme le produit programmé d’un milieu familial hautement bourgeois : il ne faut pas faire de vagues sur le lac de Zurich. Hyperadapté, hypernormé, il a le profil de la personnalité as if, dont le mécanisme fait compensation imaginaire pour ce sujet qui ne dispose pas du « libre jeu des signifiants ». Sa normalité parfaite et sa froideur affective se font les relais d’une subjectivité en exil. Il se loge donc, en bernard-l’hermite, dans la coquille d’une identité imaginaire. À l’adolescence, l’irruption de l’inquiétante sexualité dans son corps met à mal son idéal d’harmonie bâti sur les fondations du formatage et de la conformité. Ses appuis spéculaires s’effritent et sa personnalité s’effondre. Il se construit un nouveau personnage : il a une pratique d’écriture lui valant d’être considéré comme un artiste et donne a priori le change. Pourtant cette nouvelle personnalité d’emprunt ne lui suffit pas : plus il va bien, plus il va mal. Effectivement, aller bien, c’est rejoindre l’idéal de normalité qui lui a été imposé depuis toujours par sa famille. Il déclenche alors un état mélancolique. C’est précisément au moment où son être est menacé de disparition par son cancer que Fritz Zorn commence a exister. Ainsi dans Mars, il déclare qu’il a voulu sa maladie, qu’elle est une véritable chance et même la chose la plus intelligente qu’il ait faite, l’expression de ses larmes ravalées et qu’il aurait du verser. Il sort ainsi de ce qu’il appelle son idiotie affective. Sa tumeur le fait souffrir, menace sa vie, mais aussi bien localise le mal et le rappelle à la nécessité de vivre

Vous n'êtes pas encore abonné au Numéro 3 de avril 2012
et vous ne pouvez consulter qu'une présentation de cet article.

Pour lire cet article dans son intégralité, vous devez utiliser des crédits. Vous aurez alors accès à l'ensemble des articles de ce numéro.

Me connecter