18 / LA LANGUE DE L'ENFANT / octobre 2015

La langue de l'enfant

« Comment le poète peut-il réaliser le tour de force, de faire qu'un sens soit absent ? » C'est jusqu'au tourment que Jacques Lacan pose cette question1 et il cherche du côté de l'écriture poétique chinoise le forçage qui permet de faire résonner autre chose que le sens. qui lui toujours résonne. Quand le signifiant sonne, c'est le sens qui résonne, « mais ce qui résonne, ça ne va pas loin, c'est plutôt mou » et ça n'a donc pas beaucoup d'effet observe Lacan2.

Ce numéro de Courtil en ligneS, s'ouvre sur un commentaire par Dominique Holvoet de la conférence donnée à Rome en 1974. Il n'y a plus d'« optimisme rayonnant » sur les pouvoirs de la parole ces années-là, mais l'effort de toucher plus radicalement au réel, de réveiller là où les discours endorment, là où le sens assoupit. C'est une entrée en matière particulièrement opportune quand il s'agit, comme le font les textes publiés, de rendre compte de ce que nous observons au Courtil du travail sur la langue fait par les jeunes sujets qui cherchent à ce que le signifiant ait enfin un effet qui tienne au corps mais pour que le sens s'en absente. Pour arriver par exemple, à cette chose qui leur est parfois si difficile justement : dormir. C'est le cas de Jeff, souvent survolté et branché sur le secteur des discours qui vibrent partout et tout le temps. C'est le cas également de Léa qui elle est toujours possiblement contaminée par ce qui grouille dans la langue et se connecte sur le réseau non pas électrique mais hydraulique. Eric lui, inventeur et constructeur de parcs d'attractions démontre bien qu'il n'y a pas d'art brut...de discours.

Il reste une difficulté clinique : comment en accueillant la singularité de la « lalangue » du sujet, sa langue « d'avant la relation », ne pas le renvoyer à son autisme. Lacan le formule ainsi : « Bref, il faut soulever la question de savoir si la psychanalyse n'est pas un autisme à deux. »3

C'est dans la réponse qu'il donne que se trouve, me semble t-il, le droit fil de la lecture des travaux de ce numéro.

« Il y a une chose qui permet de forcer cet autisme, c'est que lalangue est une affaire commune. C'est justement là où je suis, capable de me faire entendre de tout le monde ici. C'est ce qui est le garant, ce pourquoi j'ai mis à l'ordre du jour de l’École freudienne la transmission de la psychanalyse, le garant que la psychanalysant ne boîte pas irréductiblement de cet autisme à deux »4

La lalangue est précisément pour Lacan une « affaire commune qui permet de se faire entendre », une affaire commune à tous les parlêtres et c'est ce qui en fait ce qui permet de forcer cet autisme à deux. Autrement dit, la vraie garantie de la transmission, de la transmission de la psychanalyse, possible que si une forme de communauté existe, est précisément cette langue d'avant la relation qui marque tout parlêtre.

Voici donc encore une indication à travailler pour fonder l'orientation lacanienne de notre travail en institution comme celles qui ont articulé notre dernière journée de rentrée (à paraître).

 


1 Jacques Lacan, « Vers un signifiant nouveau », Ornicar ?, n°17/18, p.11.

2 Ibid., p. 15.

3 Ibid., p. 13.

4 Ibid.

 

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