19 / DEVELOPPEMENT DE LA PSYCHANALYSE EN INSTITUTION / février 2016

Séquence 1 - Les concepts classiques de la psychanalyse dans leur lien au travail institutionnel

Introduction

Virginie Leblanc : Nous allons pouvoir débuter cette journée au caractère exceptionnel de par sa forme comme sa visée, avec une table consacrée aux « concepts classiques de la psychanalyse dans leur lien au travail institutionnel ». J’insiste sur le caractère exceptionnel de cette journée de rentrée dans la mesure où ici, au Courtil, et ce depuis sa création, le travail des textes de référence est inscrit dans le déroulement des semaines, avec les ateliers de lecture, les séminaires, le lien aux événements du Champ freudien, notre affinité avec l’École de la Cause freudienne et le parrainage de Jacques-Alain Miller.

Pourtant, malgré cette omniprésence des références comme de la formation théorique de chacun des intervenants, on pourrait légitimement s’interroger sur le choix d’une telle formule pour la journée de rentrée de notre institution. C’est plutôt en effet une formule qui a cours par exemple dans les congrès de psychanalyse, je pense aux journées d’automne consacrées il y quelques années à l’autisme, et lors desquelles des analystes, membres de l’École de la Cause freudienne, avaient à commenter une phrase de Lacan. Mais ici, au Courtil, plongés que nous sommes dans le quotidien de la clinique, immergés dans les irruptions du réel sous sa forme parfois la plus violente, ce réel auquel les résidents ont affaire et que nous tentons d’accompagner, en quoi le savoir psychanalytique pourrait-il nous être d’aucun secours ? Ce savoir en tant que lié à une pratique, on a pu le dire « appliqué » à l’institution, et c’est une formule bien malheureuse qu’Alexandre Stevens nous permet de dépasser aujourd’hui avec le titre donné à notre journée, « Développements de la psychanalyse en institution » : dans l’expression figée « psychanalyse appliquée », on entendait « savoir théorique plaqué sur la clinique », peut-être même un peu psychanalyse au rabais du fait même de la non pureté d’un tel exercice.

Mais une telle vision ne méconnaît-elle pas fondamentalement ce qu’il en est du savoir analytique, un discours que Lacan tenta d’extraire autant que faire se peut de sa dimension de semblant, en visant toujours plus au cœur du réel ? Et ce savoir analytique, est-il jamais bouclé, clôt sur lui-même, comme un dictionnaire de concepts dans lequel il suffirait d’aller piocher pour trouver la réponse à tel ou tel problème ? Au contraire : ce savoir est troué, il se nourrit précisément de la clinique, le réel est son fondement et n’a de cesse de le bousculer, de le faire vaciller, de le confirmer ou de l’infirmer. C’est certes une « élucubration » comme a pu le dire Lacan, mais qui a des effets, les effets de notre théorisation, de la langue que nous parlons sur le corps des résidents, des effets de serrage de la jouissance. Ainsi ce concept, ces concepts classiques de la psychanalyse que nous allons travailler à cette table, apparaissent donc bien comme des appuis, mais dans un dialogue et une dialectique incessante avec la clinique, et ses ratages, nos interventions ratées, nos remises en cause. C’est déroutant, c’est difficile, mais c’est ce qui fait de la pratique analytique son côté « sur la brèche », et profondément vivant, vivant grâce aux efforts des sujets que nous accueillons si tant est que nous sommes capables de les entendre sans préjugé et dans un rapport souple au concept. Et c’est tout l’intérêt de la formule d’Alexandre Stevens, « développements de la psychanalyse en institution ». Vous allez voir que le travail de Judith Zabala, de Christophe Le Poëc et d’Annick Brauman n’est pas un travail de défense et d’illustration de la parole qui serait alors d’Évangile de Lacan ou de Freud. C’est au contraire une manière de montrer comment le dernier enseignement de Lacan permet de saisir certains des phénomènes que l’on rencontre dans le quotidien du Courtil, mais également de les nuancer, d’affiner la question du diagnostic, et donc de serrer au plus près ce qui se joue pour les jeunes qui sont traversés par les phénomènes que la psychiatrie a tenté de classifier pour les maîtriser justement. Vous allez voir que la manière dont Judith Zabala reprend la question de l’objet, et dont Annick Brauman et Christophe Le Poëc revisitent à partir de leur clinique les notions de manie et de mélancolie fait véritablement effet de formation, non sans lien également avec la pratique qu’on peut avoir en cabinet par exemple, puisque ces trois textes mettent l’accent théorique sur l’autonomie du langage, au-delà de la production d’une signification, et sur toute la dimension hors-sens de l’inconscient. « Développer la psychanalyse en institution », donc, c’est ni plus ni moins saisir comment la pratique à plusieurs permet la constitution à plusieurs du savoir analytique.

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