Numéro 10 / février 2013

Capturer le réel petit bout par petit bout

À laisser aller mon imagination, il m’arrive parfois de regarder Amélie comme une petite fille au charme victorien, aux traits désuets, d’une discrétion exemplaire. Elle pourrait être l’héroïne d’Oliver Twist ou la petite fille aux cheveux longs dans Mary Poppins, prête à épousseter, et nettoyer derrière nous les miettes, mettre de l’ordre dans ce fourbi que sont les armoires dont les objets débordent, ces tables où traînent nos victuailles.

Quand soudain, l’imagination ne peut qu’être stoppée par les propos que nous lâche froidement Amélie, sans possibilité de retenue. L’étrangeté, l’horreur dans le familier et son acolyte, l’obscène, s’invitent sur la scène sans tapage, presque banalement. Amélie ne manifeste pas des crises aiguës d’angoisse mais plutôt des regards d’effroi, son corps se fige, elle a froid ou elle a mal à la tête tout d’un coup, plutôt immobilisée dans une angoisse faite de petits cris, accaparée par ce qu’elle est poussée à voir et qui prend une valeur tératologique : les dauphins photographiés sur une carte postale d’un aquarium visité sont ensanglantés, quand la prof de gym l’a touchée sur la poutre, l’os de son bras est tombé à terre. Parfois elle se demande, comme elle éprouve sa grosseur, si elle passera dans l’embrasure de la porte. Elle regarde un homme courir, lui, lui montre ses fesses. Au sol ou sur les murs, elle traque les tâches qui se transforment en araignées, un bâton de bois aperçu à cinq mètres devient un morceau de vélo détruit. Elle a vu en photo le bébé d’une intervenante, le soir elle le voit en rêve qui fout le bordel dans sa chambre ! Les hallucinations visuelles qu’Amélie peut nommer « visions » sont fréquentes, les phénomènes de dysmorphophobies, les cauchemars, tous sont des mondes voisins ou perméables, comme dit Sonia Chiriaco. Le corps comme image n’est pas constitué et l’organisme vivant comme réel empêche qu’un voile de pudeur le recouvre.

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